Mr. Queen : quand Joseon se retrouve avec la mauvaise personne dans la bonne reine
Jang Bong-hwan avait probablement beaucoup de problèmes dans sa vie. Se réveiller au XIXe siècle dans le corps d’une future reine de Joseon n’était simplement pas prévu dans la liste.
Voilà le délicieux point de départ de Mr. Queen : un chef cuisinier sud-coréen du XXIe siècle, parfaitement convaincu d’être un homme, ouvre les yeux dans le corps de Kim So-yong, promise au roi Cheoljong. Il ne connaît ni les règles du palais, ni le protocole, ni les gens, ni son propre mari — et il découvre assez vite qu’une reine n’a pas exactement la possibilité de dire : « Excusez-moi, il y a manifestement erreur sur la personne. »
Le résultat est souvent hilarant. Mais derrière les grimaces, les anachronismes, les catastrophes culinaires évitées de justesse et l’énergie comique phénoménale de Shin Hae-sun, Mr. Queen joue avec quelque chose de beaucoup plus sérieux : un vrai roi, une vraie reine, de vraies familles politiques et un Joseon du XIXe siècle où mariage, parenté et pouvoir pouvaient dormir dans le même lit.
C’est précisément parce que le drama s’amuse autant avec l’histoire qu’il devient intéressant de regarder ce qu’il en garde, ce qu’il déplace et ce qu’il dynamite joyeusement.
Le réveil le plus compliqué de l’histoire de Joseon
Mr. Queen — 철인왕후, littéralement « reine Cheorin » — est un drama sud-coréen de vingt épisodes diffusé sur tvN du 12 décembre 2020 au 14 février 2021. La recette mélange comédie, romance, fantastique et fusion sageuk, c’est-à-dire un drama qui utilise un cadre historique coréen tout en se permettant des libertés que les historiens n’auraient probablement pas signées.
Le mécanisme de départ est simple. Enfin, simple… Jang Bong-hwan, chef cuisinier de l’époque contemporaine, se retrouve projeté dans le corps de Kim So-yong, jeune femme appelée à devenir reine. Lui vient du XXIe siècle. Elle appartient au XIXe. Lui pense comme un homme contemporain. Tout le palais voit une future épouse royale.
Et personne autour de lui ne semble particulièrement disposé à entendre l’explication : « Je vous assure, hier encore j’étais chef cuisinier et j’avais un autre corps. »
Commence alors une lutte d’adaptation assez particulière : apprendre à marcher, parler, saluer, se vêtir et survivre à un monde où presque tout ce que Bong-hwan considère comme privé possède une dimension politique. Parce qu’une reine, à Joseon, ce n’est pas seulement une femme mariée au roi. C’est aussi un rang, une famille d’origine, une place dans la dynastie, une possibilité d’héritier et donc, potentiellement, un problème constitutionnel avec des manches très larges.
Et c’est là que Mr. Queen devient beaucoup plus malin que ne le laisse penser son premier grand éclat de rire.
Voir immédiatement dans quoi Joseon vient de mettre les pieds
Bande-annonce officielle de Mr. Queen, publiée par CJ ENM.La vidéo reste hébergée par YouTube ; en ouverture locale, KORELIS affiche un lien de remplacement si le lecteur intégré est bloqué.
1851 : bienvenue dans la belle-famille
Le mariage autour duquel tourne la série a réellement existé. En 1851, le roi Cheoljong, monté sur le trône deux ans plus tôt, épouse la jeune femme qui sera connue dans l’histoire comme la reine Cheorin. Elle appartient aux Andong Kim. Et à ce moment-là, ce détail est loin d’être décoratif.
Cheoljong n’arrive pas sur le trône dans le cadre d’une succession parfaitement huilée. En 1849, le roi Heonjong meurt sans héritier direct. La grande reine douairière Sunwon, elle-même issue des Andong Kim, joue alors un rôle déterminant dans le choix du nouveau souverain.
Cheoljong appartient bien à la famille royale Yi. Il n’est donc pas un parfait inconnu qu’on aurait ramassé dans un champ pour lui mettre une couronne sur la tête. Mais il vit avant son accession sur l’île de Ganghwa, à l’ouest de la péninsule, loin de l’éducation normalement réservée à un prince préparé depuis l’enfance à gouverner.
Quand il débarque à la cour, il a donc un petit problème. Il est roi. Et son deuxième problème est qu’autour de lui, beaucoup de gens ont déjà une idée très précise de la manière dont il devrait l’être.
Sunwon exerce d’abord le suryeom cheongjeong, forme de régence assurée par une reine douairière ou grande reine douairière au nom du souverain. Cheoljong commence à gouverner personnellement en 1852. Entre-temps, en 1851, il épouse Cheorin. La jeune reine est la fille de Kim Mun-geun, membre des Andong Kim.
En clair : Cheoljong épouse une femme appartenant à la famille qui dispose déjà de solides réseaux autour du trône. Le mariage royal n’est donc pas uniquement une affaire de sentiments. À Joseon, on pouvait très bien recevoir une épouse et, avec elle, découvrir tout un système politique livré sans notice de montage.
Le sedo jeongchi : quand la belle-famille connaît déjà tout le monde
Le XIXe siècle de Joseon est marqué notamment par le sedo jeongchi, expression utilisée pour désigner une concentration du pouvoir entre les mains de familles fortement liées à la monarchie, notamment par les mariages.
La version facile serait : « Une famille méchante contrôle un pauvre roi impuissant. » C’est pratique pour un scénario. C’est beaucoup moins utile pour comprendre l’histoire.
Les grandes familles ne gouvernent pas depuis une cave secrète où elles déplaceraient des figurines représentant les ministres. Leur influence fonctionne précisément à travers les institutions : nominations, carrières, parentés, mariages, réseaux de clientèle, accès aux charges et proximité avec la famille royale. Les Andong Kim sont particulièrement puissants. Les Pungyang Jo constituent un autre grand réseau capable de leur disputer de l’influence.
Évidemment, pour un drama, regarder pendant vingt épisodes des nominations administratives évoluer à petits pas risquerait de diminuer légèrement l’audience. Mr. Queen transforme donc cette mécanique en camps beaucoup plus visibles : adversaires identifiables, dossiers compromettants, complots, tentatives d’assassinat et opérations secrètes. C’est beaucoup plus télégénique.
Mais derrière cette simplification, l’idée essentielle reste juste : être roi ne signifie pas automatiquement contrôler tous les moyens qui permettent de gouverner.
On peut porter la couronne et découvrir malgré tout qu’une partie des clés du bâtiment se trouve déjà dans les poches des cousins de sa femme.
Cheoljong : le vrai roi et sa version légèrement améliorée pour la télévision
Le Cheoljong historique naît en 1831, monte sur le trône en 1849 et règne jusqu’en 1863. Sa situation n’est pas enviable. Il arrive tardivement dans une cour à laquelle il a été peu préparé et évolue dans un système où les Andong Kim possèdent une influence considérable.
Cela ne signifie pas pour autant qu’il passe quatorze années sur son trône à regarder le plafond. Les sources utilisées par KORELIS lui attribuent notamment des mesures de secours, des tentatives de réponse à certains abus administratifs et, après les graves troubles sociaux de 1862, une démarche destinée à examiner les dysfonctionnements fiscaux et militaires qui alimentent le mécontentement.
Cheoljong gouverne donc. Simplement, il ne gouverne pas dans un vide politique.
Le Mr. Queen télévisuel, lui, trouve évidemment cette réalité un peu trop calme. Le Cheoljong joué par Kim Jung-hyun paraît parfois naïf ou faible, mais cette apparence cache dans la fiction un souverain beaucoup plus méthodique, engagé dans une lutte clandestine, récoltant des preuves et préparant des opérations contre les réseaux qui dominent la cour.
C’est formidable pour le suspense. C’est aussi là qu’il faut ranger les archives et sortir le panneau : « Attention : à partir d’ici, le roi a été sérieusement retouché par les scénaristes. »
La documentation historique ne permet pas de transformer Cheoljong en chef secret d’une résistance organisée. Le drama part donc d’une contrainte réelle — un roi dont l’autonomie est limitée par des réseaux puissants — et lui offre une solution de fiction beaucoup plus spectaculaire.
Cheoljong n’a pas forcément gagné historiquement un service secret. Mais son personnage télévisé, lui, l’a mérité.
Cheorin : une vraie reine, beaucoup de blanc à remplir
Avec la reine, la situation est encore plus fascinante. La reine Cheorin, née en 1837, appartient réellement aux Andong Kim. Elle est réellement la fille de Kim Mun-geun. Elle épouse réellement Cheoljong en 1851.
En 1858, elle donne naissance à un fils, Yi Yung-jun, qui meurt l’année suivante. Après la mort de Cheoljong en 1863, elle devient reine douairière sous le règne de Gojong. Elle meurt en 1878.
Et ensuite ? Ensuite, l’histoire devient beaucoup moins bavarde.
Les sources permettent de connaître assez bien sa position dynastique. Sa personnalité intime, ses sentiments, sa façon de parler, ses conflits privés ou sa relation conjugale avec Cheoljong sont beaucoup moins accessibles.
Pour un scénariste, c’est évidemment une tentation énorme. Il existe une vraie femme, dans une vraie position historique, mais autour d’elle subsistent de grands espaces silencieux.
Mr. Queen s’y engouffre avec l’élégance d’un éléphant entrant dans un salon de thé.
La Kim So-yong de la série est donc très largement une construction fictionnelle. Même ce nom, utilisé dans le drama, n’est pas établi dans les sources biographiques de référence du corpus comme le prénom personnel attesté de la reine historique.
La reine Cheorin fournit le cadre. La série invente énormément de ce qui se passe à l’intérieur. Et puis, par prudence insuffisante, elle y ajoute un chef cuisinier du XXIe siècle.
Le palais découvre Bong-hwan. Le palais n’était pas prêt.
Le coup de génie comique de la série tient évidemment au corps. Bong-hwan se pense toujours comme un homme contemporain. Le palais, lui, voit la future reine.
À partir de là, toutes les situations ordinaires deviennent potentiellement explosives. Les vêtements. La gestuelle. Les regards. Le mariage. Le désir. La chambre royale.
Et surtout cette désagréable découverte : à Joseon, le corps d’une reine ne lui appartient pas uniquement. Ce corps possède un rang. Il doit participer à des cérémonies. Il est entouré d’un personnel déterminé par sa position. Il est celui de l’épouse du souverain. Et surtout, il est susceptible de produire un héritier.
Autrement dit, même la vie sexuelle du couple royal possède une dimension qui dépasse largement le couple royal. Bong-hwan découvre donc qu’il ne s’est pas seulement réveillé dans le corps d’une femme. Il s’est réveillé dans une institution. Et l’institution aimerait beaucoup qu’il se comporte correctement.
Mauvaise pioche.
C’est ici que Mr. Queen devient particulièrement intéressant sur les questions de genre. La série joue constamment avec les attentes attachées au masculin et au féminin. Elle fait exploser les gestes, les postures et les comportements attendus d’une reine.
Mais elle reste ambivalente. Le dispositif est fantastique : une conscience masculine est projetée dans un corps féminin. On peut parfaitement analyser l’œuvre avec les outils des études de genre ou des lectures queer, mais il serait excessif de la transformer automatiquement en traité contemporain sur l’identité transgenre.
La série ouvre des portes. Puis parfois elle regarde ce qu’il y a derrière et décide qu’elle avait finalement un épisode à terminer.
Heureusement, il y a une cuisine
Bong-hwan possède cependant un avantage considérable. Il sait cuisiner.
Dans une cour où il ne comprend presque rien, voilà enfin un domaine où il peut arrêter de subir. Les cuisines deviennent donc assez vite son petit territoire d’indépendance.
Le principe est délicieux : prendre un chef du XXIe siècle et le lâcher dans les cuisines royales du XIXe. Les techniques, les présentations, les réflexes modernes et les idées culinaires débarquent dans un univers qui n’a évidemment aucune raison de les connaître.
Historiquement, c’est absurde. Narrativement, c’est précisément le but.
Le drama n’essaie pas de nous convaincre que Cheoljong attendait secrètement qu’un cuisinier venu du futur lui fasse découvrir une recette moderne. Les palais de Joseon possédaient bien une organisation culinaire et alimentaire extrêmement structurée. Mais les trouvailles de Bong-hwan appartiennent à Bong-hwan.
Et c’est justement pour cela que ces scènes fonctionnent. Lorsque le protocole le broie, il retourne aux fourneaux. Lorsque la politique devient incompréhensible, il cuisine. Lorsque quelqu’un doit être impressionné, amadoué ou pris de court… eh bien, il cuisine encore.
D’autres personnages montent des alliances. Bong-hwan cherche une poêle.
C’est sa manière de reprendre un peu de contrôle sur un monde qui lui échappe totalement.
Même parler devient dangereux
Le voyage dans le temps passe également par la langue. Bong-hwan arrive avec son vocabulaire contemporain, son argot, ses références et des manières de parler qui n’ont rien à faire dans une cour du XIXe siècle.
Et à Joseon, parler n’est jamais neutre. Les titres, les niveaux de langue et les formes d’adresse indiquent constamment qui parle, à qui et depuis quelle position sociale. La hiérarchie ne se voit donc pas seulement. Elle s’entend.
Pour un spectateur coréen, une partie de l’humour naît précisément du choc entre le registre attendu et celui que Bong-hwan balance au milieu du palais avec toute la délicatesse d’une casserole tombant dans un temple. La traduction française peut en restituer le sens général. Mais beaucoup de nuances sociales passent forcément entre les mailles du sous-titre.
Un même « vous » peut cacher plusieurs mondes. Dans Mr. Queen, voyager dans le temps signifie donc également découvrir qu’on peut risquer un incident diplomatique simplement en ouvrant la bouche.
Une histoire alternative — donc inutile d’appeler la police du calendrier à chaque épisode
On pourrait regarder Mr. Queen avec un carnet rouge. « Faux. » « Faux. » « Ça n’a pas eu lieu cette année-là. » « Cheoljong n’a jamais fait ça. » « Et ce plat, certainement pas. »
Ce serait parfois utile. Ce serait aussi une manière assez efficace de gâcher vingt épisodes.
La série ne propose pas une reconstitution minutieuse de 1851 à laquelle aurait été ajouté un seul élément fantastique. Elle construit progressivement une histoire alternative.
L’intervention de Bong-hwan change les événements. La chronologie est comprimée. Des tensions historiquement éloignées sont rapprochées pour nourrir le récit.
Ainsi, les grands troubles sociaux de 1862, qui appartiennent à la fin du règne de Cheoljong, sont très éloignés du mariage royal de 1851. Le drama rapproche ce genre de matières pour fabriquer une intrigue plus dense.
Il ne filme donc pas « la vraie Corée de 1851 ». Il construit une Corée alternative avec des personnages, des institutions et des problèmes historiques réels.
C’est un peu comme prendre un puzzle historique, garder un certain nombre de pièces authentiques et décider que l’image finale serait plus amusante avec un dragon au milieu.
À condition de savoir qu’il y a un dragon, aucun problème.
Et parfois, la blague rencontre un mur
Tout n’a cependant pas fait rire. Peu après le début de la diffusion, en décembre 2020, la série provoque une importante controverse.
Plus de 700 plaintes sont adressées à la Korea Communications Standards Commission, chargée notamment de l’examen des contenus audiovisuels.
Un gag concentre une partie des critiques. Une réplique qualifie les Joseon Wangjo Sillok, les Annales de la dynastie Joseon, de jirashi, terme péjoratif pouvant évoquer une feuille de rumeurs ou un tabloïd.
Le problème est que les Annales ne sont pas un vieux carnet oublié au fond d’une bibliothèque. Elles constituent une source historique et patrimoniale majeure. La plaisanterie touche donc à quelque chose auquel une forte valeur mémorielle est attachée.
tvN reconnaît le caractère inapproprié de la formulation et la retire des rediffusions. La représentation de la reine Shinjeong suscite également des protestations, notamment de représentants du clan Pungyang Jo auquel elle appartenait historiquement.
Et là, Mr. Queen rencontre une question beaucoup plus sérieuse que ses propres gags : jusqu’où peut-on jouer avec une personne historique lorsque cette personne appartient encore à une mémoire vivante ?
La fiction a évidemment le droit d’inventer. Mais elle travaille avec des noms, des familles, des documents et une histoire que d’autres considèrent comme faisant partie de leur patrimoine.
Les 700 plaintes ne signifient pas 700 sanctions. Elles montrent simplement que la plaisanterie avait rencontré une limite pour une partie du public.
Même Bong-hwan ne peut pas cuisiner ça.
Avant d’être coréenne, l’idée avait déjà voyagé depuis la Chine
Autre détail intéressant : le principe même de Mr. Queen n’est pas né en Corée. La série reprend le dispositif du web-drama chinois Go Princess Go (太子妃升职记), où un homme contemporain se retrouve lui aussi dans le corps d’une femme de cour.
La production coréenne a indiqué avoir acquis les droits d’adaptation du web-drama, lui-même issu d’un roman chinois. Le mécanisme traverse donc la frontière.
Mais une fois arrivé en Corée, il change complètement d’environnement. Cheoljong. Cheorin. Les Andong Kim. Les Pungyang Jo. Le Joseon tardif. Les débats coréens sur le patrimoine historique.
Autrement dit, Mr. Queen ne se contente pas de mettre des costumes coréens sur une idée chinoise. Il prend un mécanisme narratif importé et le branche sur l’histoire coréenne.
Et tout à coup, une idée qui voyage devient une autre œuvre.
Dix-sept virgule quatre pour cent de gens qui voulaient quand même connaître la suite
La controverse n’empêche absolument pas le succès. Le dernier épisode, diffusé le 14 février 2021, atteint 17,4 % d’audience nationale parmi les foyers recevant la télévision payante.
À cette date, cela place Mr. Queen parmi les plus grands succès de tvN.
Il serait donc tentant de conclure : « Le public a adoré, débat terminé. » Pas vraiment.
Un succès d’audience signifie que beaucoup de gens regardent. Il ne signifie pas qu’ils approuvent chaque choix.
On peut trouver Shin Hae-sun absolument hilarante, attendre chaque épisode avec impatience, être fasciné par Cheoljong… et trouver malgré tout qu’une plaisanterie sur un document historique allait trop loin. Les deux choses peuvent coexister.
Et finalement, c’est assez représentatif de la série. Mr. Queen passe son temps à tenir ensemble des choses qui ne devraient pas forcément aller ensemble. Le XIXe et le XXIe siècle. Un homme et le corps d’une reine. La farce et la politique. Le poulet frit mental et le protocole royal. L’histoire et son joyeux sabotage.
Pourquoi le public aurait-il dû réagir d’une seule manière ?
Alors, est-ce que Mr. Queen raconte vraiment Joseon ?
Oui. Non. Et c’est justement ce qui est amusant.
Cheoljong a existé. Mais il n’était probablement pas Batman sous un hanbok. Cheorin a existé. Kim So-yong, telle que nous la rencontrons, appartient largement à la fiction. Le mariage de 1851 a eu lieu. La romance appartient au drama.
Les Andong Kim ont réellement pesé sur la politique. Le spectacle de guerre secrète entre factions est fortement dramatisé. Les cuisines royales existaient. Bong-hwan n’y faisait évidemment pas des démonstrations culinaires venues du XXIe siècle. Les tensions sociales du règne étaient réelles. Le calendrier télévisuel, lui, a pris quelques libertés.
Il ne faut donc pas regarder Mr. Queen comme un manuel. Mais on peut très bien s’en servir comme d’une porte.
Le drama vous fait rire d’une reine qui court dans le palais comme personne ne devrait courir dans un palais royal. Puis, presque sans prévenir, il vous conduit vers une vraie question : Pourquoi cette reine avait-elle autant de poids politique ?
Puis : Qui étaient les Andong Kim ?
Puis : Pourquoi Cheoljong était-il si vulnérable ?
Puis : comment fonctionnait réellement une cour de Joseon ?
Et soudain, on avait simplement lancé une comédie. Trois heures plus tard, on lit des choses sur le sedo jeongchi.
C’est exactement le genre de piège que KORELIS apprécie.
La farce rencontre l’histoire — et heureusement, aucune des deux ne meurt dans l’accident
Au début de Mr. Queen, le concept paraît surtout génialement idiot. Un homme du XXIe siècle. Une reine du XIXe. Un mari qu’il n’a pas demandé. Une belle-famille politiquement encombrante. Des centaines de règles qu’il ignore. Et heureusement une cuisine où se réfugier.
Puis le palais commence progressivement à faire apparaître ce qu’il cache sous ses magnifiques vêtements. Un mariage peut être une alliance politique. Un corps royal peut appartenir en partie à une dynastie. Une belle-famille peut devenir un réseau de pouvoir. Un roi peut posséder la couronne sans posséder toutes les ficelles.
Et une plaisanterie faite en 2020 peut encore heurter une mémoire née plusieurs siècles auparavant.
La grande réussite de Mr. Queen est peut-être là. Il ne nous apprend pas Joseon en nous demandant de rester bien sages. Il commence par mettre le bazar.
Et une fois que tout est renversé, il devient soudain très tentant de regarder ce qui se trouvait réellement sous les meubles.
Sources et références
- R322 — tvN / CJ ENM. Pages officielles de Mr. Queen : identification de l’œuvre, dates de diffusion, synopsis, personnages et équipe. tvN · tvN / TVING.
- R315 — Academy of Korean Studies. Entrée « 철종 / Cheoljong » : accession, séjour à Ganghwa, régence de Sunwon, gouvernement personnel, contraintes politiques et troubles du règne. Consulter.
- R316 — Academy of Korean Studies. Entrée « 철인왕후 / reine Cheorin » : filiation, mariage de 1851, descendance, statut de reine douairière et éléments biographiques. Consulter.
- R317 — Academy of Korean Studies. Entrée « 순원왕후 / reine Sunwon » : rôle dans la succession de 1849, régence et choix de la future reine Cheorin. Consulter.
- R318 — Academy of Korean Studies. Entrée « 신정왕후 / reine Shinjeong » : appartenance aux Pungyang Jo et chronologie de son importance politique. Consulter.
- R319 — Academy of Korean Studies. Entrée « 세도정치 / sedo jeongchi » : fonctionnement des réseaux d’affins et concentration du pouvoir au Joseon tardif. Consulter.
- R323 — Yonhap News Agency, 15 décembre 2020. Controverse, plus de 700 plaintes, réaction de tvN, réplique sur les Annales de Joseon, représentation de Shinjeong et droits d’adaptation de Go Princess Go. Consulter.
- R325 — Yonhap News Agency, 14 février 2021. Audience finale de 17,4 % et position du drama parmi les succès de tvN à cette date. Consulter.
- R326 — Choi Ji-woon. « A Study on Alternative Historical Possession Work in a TV Historical Drama: Focusing on Mr. Queen », Humanities Contents, no 64, 2022. DOI : 10.18658/humancon.2022.03.193.
- R327 — Jee Min-jae et Shin Seo-yu. « A Study on Modern Elements, Creative Transformation, and Communication Patterns in the Drama Cheorinwanghu », Humanities Studies, no 115, 2026.
- R328 — « The Paradoxality of Gender Representation in the Gender Bender Korean Drama Mr. Queen ». COMMENTATE: Journal of Communication Management, 2022.


