Tout a commencé de manière assez peu savante.
Par un visage.
Celui de Jisoo, de BLACKPINK. Je la trouvais belle. Voilà. Il n’y avait derrière cela ni projet d’étude, ni théorie sur la Corée, ni ambition particulière. Une image avait simplement arrêté mon regard.
Puis il y eut la K-pop, les dramas, le cinéma, d’autres artistes, d’autres visages. Et peu à peu, quelque chose a changé.
Je ne me suis plus seulement demandé ce qui me plaisait dans ce que je voyais.
Qu’est-ce que je suis réellement en train de voir ?
Certaines attitudes m’intriguaient. Une forme de retenue, parfois. Des émotions qui semblaient passer autant par les silences que par les mots. Des rapports à l’âge, à la famille, au travail ou à la réussite qui ne correspondaient pas toujours à mes propres repères.
Alors j’ai commencé à chercher.
Et plus je cherchais, plus les réponses ouvraient de nouvelles questions.
Un drama pouvait me conduire vers la famille. La famille vers le confucianisme. Le confucianisme vers Joseon. Une chanson pouvait ouvrir une question de langue. Une université conduire vers l’histoire des examens et de la formation des élites. Un personnage historique entraîner vers une religion, une guerre, une région ou une institution.
C’est ainsi qu’est né KORELIS.
Comprendre ce qui se trouve sous la surface
La Corée du Sud est souvent présentée comme une société pleine de paradoxes : ultramoderne mais attachée à certaines traditions, mondialisée mais profondément marquée par sa propre histoire, technologiquement avancée tout en conservant des formes de hiérarchie qui peuvent surprendre un Européen.
J’ai fini par me méfier de ce mot : paradoxe.
Ce qui paraît contradictoire lorsqu’on ne regarde que le présent devient souvent plus intelligible lorsque l’on commence à regarder ce qui se trouve dessous.
La Corée contemporaine s’est construite par couches successives : héritages anciens, confucianisme, colonisation japonaise, division de la péninsule, guerre, industrialisation extrêmement rapide, urbanisation, autoritarisme, démocratisation, mondialisation, révolution numérique, Hallyu…
Tout cela ne s’est pas remplacé proprement, époque après époque.
Les couches se superposent, se transforment, parfois se heurtent.
Et c’est précisément ce qui m’intéresse.
Je pars souvent d’un détail visible aujourd’hui pour remonter vers les mécanismes qui peuvent l’éclairer, puis je reviens au présent avec un regard un peu différent.
Comprendre n’est pas justifier
J’aime profondément la Corée.
Mais je n’ai aucune envie de l’idéaliser.
Certaines choses me séduisent, d’autres me dérangent : pression scolaire, compétition sociale, conformisme, rapports de pouvoir, certaines attentes familiales ou professionnelles…
Chercher à comprendre comment ces réalités se sont construites ne revient pas à les excuser.
Comprendre ne m’oblige pas à accepter. Mais juger sans chercher à comprendre ne m’intéresse pas.
C’est probablement l’une des phrases qui résument le mieux KORELIS.
Je ne cherche pas à expliquer aux lecteurs ce qu’ils doivent penser de la Corée. J’essaie de rassembler suffisamment de matière pour que chacun puisse regarder plus loin que le cliché, qu’il soit positif ou négatif.
Et ce déplacement du regard fonctionne dans les deux sens.
Observer une autre société oblige aussi à découvrir que certaines choses que nous considérons comme parfaitement naturelles en Europe ne le sont peut-être que parce que nous avons grandi avec elles.
Comprendre l’autre permet parfois de mieux voir son propre monde.
Entrer par n’importe quelle porte
KORELIS n’est donc pas une encyclopédie que je remplirais méthodiquement de A à Z.
C’est un réseau vivant de connaissances.
On peut y entrer par l’histoire de Joseon ou par BLACKPINK. Par un drama, une actrice, un paysage, une bataille, une université, un mot coréen, une pratique sociale ou un plat posé sur une table.
La Hallyu y occupe naturellement une place importante parce qu’elle constitue souvent une formidable porte d’entrée.
Mais une porte n’est pas la maison.
Un drama n’est pas un documentaire sur la société coréenne. Une chanson ne résume pas une génération. Une actrice ne représente pas « la femme coréenne ».
Les œuvres peuvent pourtant révéler des préoccupations, des tensions, des rêves ou des rapports sociaux suffisamment familiers pour être reconnus par leur public.
Il faut simplement toujours distinguer ce que la fiction représente de ce que la société réelle permet d’établir.
Un projet qui continue de grandir
KORELIS n’a pas vocation à être terminé.
Chaque recherche peut enrichir une autre. Une biographie peut ouvrir dix nouveaux sujets. Une découverte historique peut modifier la manière de comprendre un phénomène contemporain. Un détail rencontré aujourd’hui peut retrouver un autre fil plusieurs mois plus tard.
De cette matière pourront naître des articles, des dossiers thématiques, des ouvrages, des biographies, des cartes ou d’autres formes encore.
Mais tout part du même geste.
J’avais commencé par regarder une image de la Corée.
Puis j’ai voulu savoir ce qu’il y avait derrière.
Depuis, je continue simplement à tirer les fils.
KORELIS est le résultat de cette curiosité.
Et il n’existe probablement pas une seule bonne manière d’y entrer.
Choisissez une porte.
Puis regardez où elle mène.